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27 février, 2018

ET SI NOUS FAISIONS PARTIE DE LA SOLUTION?

Pierre Chénier, RÉPAQ

Deux études, celle de l’IRIS et celle de la FSE-CSQ, prouvent hors de tout doute que le système d’éducation à trois vitesses (public, privé, volets particuliers) écrème l’école publique québécoise de ses meilleurs éléments. Les tenants du public soutiennent que l’écrémage du privé et des écoles publiques à projets particuliers appauvrit l’école publique, puisque les élèves plus ‘’faibles’’ ne bénéficient plus de l’apport de leurs amis ‘’plus forts et plus motivés’’, entre autres. Il en serait ainsi dans les classes, mais également dans les activités parascolaires et en ce qui concerne l’engagement des parents.

En voulant combattre l’attirance au privé et le décrochage scolaire, l’État québécois, dans les années 90, a incité les commissions scolaires à élargir leur offre de service, ce qui a donné les multiples écoles à projets particuliers que nous connaissons aujourd’hui au secteur public. L’école alternative, existant depuis 1974, n’est donc pas issue de cette volonté gouvernementale mais d’un désir d’une certaine frange de la population de se doter d’écoles qui correspondent à ses valeurs humanistes. Pourtant, si l’on en croit les médias, elle se retrouve aujourd’hui dans le peloton des écoles pseudo-privées comme les écoles internationales, alors qu’elle rejette catégoriquement le concept de performance qui les caractérise. On la dit élitiste parce qu’elle recrute les parents les plus impliqués dans l’éducation de leurs enfants. Écrème-t-elle l’école publique par le fait même? Fait-elle partie de ce problème ou de sa solution?

L’école alternative a, depuis une quarantaine d’années, développé une expertise qui pourrait permettre d’entrevoir une solution au problème que rencontre l’école publique québécoise : c’est la part très grande qu’y occupent  les parents. En effet, l’engagement des parents constitue la pierre angulaire de l’école alternative. Ils sont considérés comme des coéducateurs et non comme de simples bénévoles au service de l’école. Ce statut est tellement important pour certains parents fondateurs d’écoles alternatives qu’il les pousse à travailler d’arrache-pied, parfois pendant des années, pour se doter d’une école alternative dans leur municipalité, leur quartier ou leur village. Six nouvelles écoles alternatives ont vu le jour en septembre 2017 et une vingtaine de projets semblables ont poussé un peu partout au Québec. C’est un signe évident qu’une génération de parents veut participer davantage à l’éducation de ses enfants.

Dans la foulée de ce mouvement qui alimente de plus en plus la une des journaux, ne peut-on pas envisager une ouverture généralisée,  dans toutes les écoles du Québec qui le désirent,  une ouverture pour encourager la présence des parents en classe? Ne peut-on pas prévoir qu’à court ou moyen terme, ces écoles volontaires considèrent  les parents comme des coéducateurs? Que les parents n’y soient plus contraints de rester derrière la clôture de la cour de récréation pour attendre leurs enfants à la fin de la journée mais puissent entrer en classe, travailler de concert avec les enseignants, collaborer à la réalisation des projets des enfants, se tenir au courant du cheminement de leurs enfants par une communication constante avec les enseignants, ce qu’on appelle dans les écoles alternatives, une évaluation continue?…Est-ce illégal tout cela? Non!

Dans la loi 180 ou Loi de l’Instruction Publique, tout est prévu en ce sens :


SECTION III de la loi 180

ORGANISME DE PARTICIPATION DES PARENTS

1997, c. 96, a. 13.

  1. Lors de l’assemblée des parents convoquée en application de l’article 47, les parents se prononcent sur la formation d’un organisme de participation des parents.

Si l’assemblée des parents décide de former un organisme de participation des parents, elle en détermine le nom, la composition et les règles de fonctionnement et en élit les membres.

1988, c. 84, a. 96; 1997, c. 96, a. 13.

96.1. Lorsque l’acte d’établissement de l’école met plus d’un immeuble à la disposition de l’école ou lorsque l’école dispense chacun des ordres d’enseignement primaire et secondaire, l’assemblée des parents peut instituer au lieu d’un seul organisme de participation des parents, un organisme de participation des parents pour chaque immeuble ou pour chaque ordre d’enseignement.

1997, c. 96, a. 13.

96.2. L’organisme de participation des parents a pour fonction de promouvoir la collaboration des parents à l’élaboration, à la réalisation et à l’évaluation périodique du projet éducatif de l’école ainsi que leur participation à la réussite de leur enfant.

1997, c. 96, a. 13; 2002, c. 63, a. 9.

96.3. L’organisme de participation des parents peut donner son avis aux parents du conseil d’établissement sur tout sujet qui concerne les parents ou sur lequel les parents du conseil d’établissement le consultent.

1997, c. 96, a. 13.

96.4. L’organisme de participation des parents a le droit de se réunir dans les locaux de l’école.

Il a aussi le droit d’utiliser gratuitement les services de soutien administratif et les équipements de l’école selon les modalités établies par le directeur de l’école, après consultation du conseil d’établissement.


Alors que faut-il de plus? Si ce n’est pas illégal, pourquoi alors les parents sont-ils exclus de l’école malgré tout le beau discours qui veut leur faire croire le contraire? Exclus par qui? Pas par la loi, ils l’ont pour eux. Exclus par qui? Par quoi?

*Par les traditions des écoles qui ont toujours fait cela? La menace de disparition pure et simple est aux portes de l’école publique, il est temps d’évoluer.

*Par la crainte des enseignants de perdre de leur autorité sur les enfants et de devoir défendre leur compétence auprès des parents? La menace est réelle si les parents et les enseignants ne sont pas préparés à cette coexistence. L’expertise des écoles alternatives peut apporter quelques réponses à cette crainte.

*Par les syndicats d’enseignants  qui verraient dans cet apport des parents un alourdissement  de la tâche des enseignants? La présence des parents en classe fait baisser le ratio adultes-élèves et laisse à l’enseignant beaucoup plus de liberté de manœuvre pour s’occuper des besoins particuliers des élèves

*Par la hantise de la sécurité qui, depuis quelques années, entraîne des mesures drastiques contre les ennemis de l’extérieur ? Cette ouverture aux parents par les écoles n’exclut pas les vérifications des antécédents judiciaires. On se rend compte aussi qu’une communauté tissée serrée n’a pas besoin, dans la plupart des écoles, de ces caméras de surveillance et des macarons de visiteurs : tout le monde se connaît.

Si la loi 180 le permet et même l’encourage, si cette ouverture comporte plein d’avantages incontournables, en particulier de favoriser la réussite des enfants, que faut-il  pour qu’elle s’instaure dans toutes les écoles du Québec? Il suffit que les parents de chaque école publique,  en assemblée générale,  exigent une ouverture aux parents coéducateurs,  que la démocratie s’exerce comme elle doit s’exercer, qu’il y ait un profond désir chez tous et chacun, d’être partie prenante de l’éducation de son enfant. Comme un véritable co-éducateur, le parent n’est plus alors un simple consommateur de services qui peut exiger sans rien donner, il fait sienne l’école!

Plein d’écoles, sans être alternatives, ont ouvert leurs portes depuis belle lurette aux parents. Je leur demande de s’identifier et de témoigner de l’apport considérable des parents dans la vie de l’école et dans l’apprentissage des enfants.

Si les parents avaient l’assurance d’être considérés par l’école de leur enfant comme des coéducateurs avec l’accueil et la latitude que cela suppose, bon nombre d’entre eux regarderaient d’un autre oeil leur école publique. On verrait alors fondre l’attraction du privé et des écoles à projets particuliers, peut-être même des écoles alternatives. Pourquoi pas?



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