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8 septembre, 2014

« C’est quoi l’école alternative? »

Par Dominique Voyer, enseignante et membre du RÉPAQ de la relève pédagogique

Je suis enseignante en écoles alternatives depuis 6 ans. Quand je dis cela aux personnes que je rencontre, on me pose la question évidente: «C’est quoi une école alternative?» Et depuis 6 ans, je suis chaque fois embarrassée, ne sachant que répondre.

En fait, c’est la question elle-même qui me rend perplexe…

Au début, ma réponse tenait en peu de mots, inspirée par l’école que je connaissais: «Les groupes sont multiniveaux. Les élèves font des projets, les parents viennent en classe. J’enseigne souvent en petits groupes, je questionne mes élèves plus souvent que je ne leur dis quoi faire. Le bulletin n’est pas en pourcentages.»

Avec le temps et à force de me promener dans différentes écoles alternatives, ma réponse a évolué vers une description moins technique. Pour décrire l’alternatif, je parlais maintenant d’impressions un peu vagues: de l’ambiance communautaire entre les parents et l’équipe-école, du sentiment de solidarité que je ressentais avec mes collègues, de la fraternité entre les élèves de tous les âges. Ces enfants m’émerveillaient par leur vivacité d’esprit, leur connaissance d’eux-mêmes, leur respect des autres, leur volonté de participer et d’améliorer leur communauté.

Puis avec le temps, grâce à mes lectures, mes discussions avec les collègues du RÉPAQ, mes expériences de vie… ma compréhension a cheminé. Je construis chaque jour un peu plus le sens que l’alternatif a pour moi.

Aujourd’hui, à la question «C’est quoi une école alternative? », je bafouille des bouts de phrases incohérents. Il y a tellement de choses que je voudrais nommer et que je souhaiterais que mon interlocuteur comprenne…

J’aimerais lui communiquer l’état des recherches récentes sur la neurobiologie de l’apprentissage et lui apporter les arguments nécessaires pour qu’il remette en question notre système d’éducation actuel.

Je voudrais lui parler de moi, de mon expérience comme «élève modèle» (un produit performant du système!) et, surtout, des capacités créatives et d’autodétermination que ce système a inhibées chez moi – mais que je travaille fort à réveiller!

Je souhaiterais lui partager mes remises en question personnelles et mes apprentissages sur le développement de l’individu.

Lui donner accès aux valeurs et à la mission que je porte comme citoyenne, comme humaine.
Lui transmettre mes espoirs pour ma fille, pour les autres enfants de sa génération, pour notre société et la planète que nous partageons.

En fait, je n’ai plus envie de répondre à la question: «C’est quoi une école alternative?», car la réponse réduit le modèle alternatif à une somme de connaissances et de gestes posés.

La réponse ME réduit à une somme de connaissances et de gestes posés, alors que moi, enseignante, maman, citoyenne, je porte bien plus que cela!

J’ai envie qu’on me demande: «Pourquoi l’école alternative?»

Et vous, élèves, parents, enseignants, direction, pourquoi l’école alternative? Ou pourquoi pas?

 



Commentaires

  1. 9 septembre, 2014 - Commentaire de Jean H.

    Bravo pour ce beau témoignage !

  2. 9 septembre, 2014 - Commentaire de Francois Bourque

    Bravo Dominique, tes élèves sont privilégiés :)

  3. 9 septembre, 2014 - Commentaire de Nathalie Rodrigue

    Une école qui pourrait certainement devenir un modèle à suivre… Elle ne fait que me convaincre que mes questionnements sur notre système actuel sont valides.

  4. 10 septembre, 2014 - Commentaire de Philippe Savard, enseignant à l'école Le Vitrail

    Réflexion intéressante, mais qui me ramène toujours un peu au même constat. Quand nous cherchons à ne pas de définir l’école alternative par la description de nos pratiques, nous en venons à la définir par ce que nous rejetons du système traditionnel ou des problèmes que nous vivons dans nos sociétés modernes et occidentales. En somme, nous nous définissons rarement par ce que nous sommes, mais plutôt par ce que nous ne voulons pas être.

    Pourtant, un ensemble de valeurs largement partagées nous définit très bien. Le hic, c’est que ce n’est pas concret pour notre interlocuteur qui cherche à savoir ce que nous faisons différemment des autres écoles qui partagent souvent aussi ces valeurs. Retour aux pratiques techniques.

    Je conclus qu’il n’y a qu’un moyen de se définir pleinement, et ce n’est que par l’élève autour duquel nous orientons tous nos efforts. C’est aussi vrai dans les autres écoles, me dira-t-on… mais peut-on vraiment prétendre centrer nos efforts sur l’élève quand on planifie nos interventions à partir d’un programme uniforme? Quand on organise la vie de l’école autour des contraintes administratives, des conventions collectives, des règlements ministériels, des horaires de travail des parents et des enseignants plutôt que du biorythme des enfants et des adolescents? Inévitablement, si nous tenons à nous définir comme étant des éducateurs qui centrons nos pratiques autour de l’élève, nous devons accepter de reléguer le programme, les conventions et les règles administratives au second plan. Que veut l’enfant? Que voulons-nous comme communauté rapprochée de ces enfants? Comment ces souhaits s’harmonisent-ils avec le monde dans lequel nous vivons et s’ils ne s’y harmonisent pas, comment travaillerons-nous ensemble à le changer? Voilà les questions qui, selon moi, posées dans cet ordre, pourraient nous définir.

  5. 2 novembre, 2014 - Commentaire de Manon Bridebois

    Je suis enseignante à l’école alternative depuis 13 ans. Je suis aussi une maman alternative, mes enfants ayant fréquenté mon école au primaire.
    Pour moi, l’école alternative c’est ÊTRE! Une réponse simple qui veut dire tellement!

  6. 9 décembre, 2014 - Commentaire de Jean-Marc

    Je suis psychologue dans une grosse commission scolaire et je trouve que le modèle de l’école alternative correspond entièrement à l’idée que je me fais d’un milieu vivant, stimulant et créatif pour la communauté.
    Dans le système actuel je vois les parents en opposition à l’école, je vois les profs brûlés, je vois les directions submergées, je vois un chaos qui semble former une spirale descendante sans fin…
    Il n’y a pas de place pour innover… pas de place pour la différence… pas de place pour l’être humain. L’éducation est un produit. Les enfants sont une pièce dans l’assemblage de ce produit.
    Comme psychologue, je me dirige vers la porte de sortie. Je ne crois plus en ce système rigide et enkilosé. Je le sens malade et il contamine tous ceux qui en font partie.

    Je vais m’impliquer auprès du regroupement local qui travaille pour ouvrir une école alternative dans ma ville. C’est ce qui fais le plus de sens pour moi.

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