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5 mars, 2018 - catégorie: Réflexions

FONDER UNE ÉCOLE PUBLIQUE ALTERNATIVE AU QUÉBEC, UN DÉFI EN 2018

Après plus d’un demi-siècle d’histoire, puisque la première école dite ‘’nouvelle’’ est née à Beloeil en 1955, l’école publique alternative québécoise jouit, depuis quelques années, d’une popularité croissante auprès d’une frange de la population. Cette frange est constituée surtout de jeunes parents instruits mais pas nécessairement à l’aise financièrement, qui veulent une éducation différente pour leurs enfants et qui sont prêts à s’y investir comme des coéducateurs avec les enseignants et comme des cogestionnaires de leur école. Qu’est-ce qui les pousse à faire un tel choix?

À la lecture des textes fondateurs de ces groupes de parents qui veulent créer une nouvelle école alternative dans leur quartier, leur village, leur région, il saute aux yeux d’abord que ces jeunes parents rejettent les impératifs de performance individualiste de la société actuelle. Ils lui opposent les notions de respect de l’être humain et de son environnement, de communautarisme et d’entraide, d’éducation permanente. C’est à un autre paradigme éducatif qu’ils aspirent.

Ces parents font le choix de travailler dans le système public d’éducation québécois plutôt que de se réfugier dans le privé ou encore de pratiquer l’école à la maison. Ce qui les oblige à devenir des intervenants sociaux auprès de leurs commissions scolaires, de leurs municipalités, du ministère de l’éducation : toute une transformation pour les citoyens consommateurs de services que nous sommes!

Pour que leur école soit intégrée à leur milieu et non une créature à part, ces parents doivent se donner un portrait fidèle de leur région, sa démographie, son marché de l’emploi, son économie, son taux de diplomation et de décrochage scolaire, l’indice de défavorisation de ses écoles…Ce qui les amène à poser la question fondamentale : pourquoi faut-il une école alternative chez nous?

Mais ils doivent aller encore plus loin et s’interroger sur l’enfant d’aujourd’hui puisque l’école alternative doit être conçue pour lui. Nous faisons face, en effet, à la première génération arrivée après Internet, celle qui est habituée d’obtenir des réponses instantanément et qui a donc besoin de développer son esprit critique, entre autres compétences !

Enfin ces parents doivent s’interroger sur leurs propres valeurs pour qu’elles soient cohérentes avec une école alternative. C’est un moment clé dans leur démarche parce que la clarté de leurs réponses va être garante de la cohérence de leur projet d’école alternative. Ils vont devoir choisir entre une école qui enrichit le programme d’étude comme l’école internationale, l’école sport-études…ou une école alternative qui respecte le rythme et le style d’apprentissage de leurs enfants. Les critères d’admission ne seront plus liés au dossier académique de leurs enfants mais à la volonté des familles de participer à leur éducation. Leur école parce qu’elle est publique, respectera le Programme du ministère, la convention collective des enseignants, ne coûtera pas plus cher que les écoles régulières. Ce n’est pas une école de privilégiés qu’ils choisiront mais une communauté cohérente avec ses valeurs.

Comme on peut le constater, le choix de travailler pour fonder une école alternative est loin d’un magasinage de consommateurs d’écoles! Le sérieux qui doit entourer cette recherche, éloigne assez rapidement les ‘’touristes’’.

Messages aux réseaux sociaux, rencontres d’information, distribution de dépliants, tout est mis en œuvre par les parents fondateurs pour éveiller leurs concitoyens à cette nouvelle perspective. L’accueil de la population locale à ces initiatives de jeunes parents les encourage souvent à poursuivre.

Ce qui peut froisser quelque administrateur de commission scolaire peu habitué à partager son droit de gestion  avec des citoyens ordinaires. .Mais il se peut que cette demande de parents arrive à point nommé dans la planification stratégique d’une commission scolaire, les délais décisionnels deviennent alors plus courts, tout au plus deux ans.

Par prudence, les commissions scolaires installent d’abord souvent un volet alternatif dans une école régulière  au lieu de créer une école alternative en bonne et due forme avec son acte d’établissement. Ce qui entraîne une cohabitation entre deux cultures différentes qui n’est pas toujours heureuse. En effet, comment faire comprendre aux enfants de l’école régulière que les parents du volet alternatif peuvent venir en classe, pour ne citer que cette différence de fonctionnement?

Il faut souligner le travail admirable qu’a réalisé la Commission scolaire de Montréal pour la création de nouvelles écoles alternatives, en particulier la création de la toute nouvelle école Le Vitrail qui a vu le jour en septembre 2015. Une école qui offre aux citoyens de la Petite Patrie la maternelle, le primaire et le secondaire alternatifs! Le défi que doit relever cette communauté est énorme, soit celui de créer un cheminement cohérent d’apprentissage sur une période de 12 ans! L’équipe pédagogique et les parents se sont attelés à cette tâche et nous promettent de belles surprises.

L’école Le Vitrail va certainement servir d’inspiration aux nombreux projets qui naissent un peu partout au Québec, près d’une vingtaine actuellement. Le Réseau des écoles publiques alternatives du Québec se réjouit, bien sûr, de cet intérêt de la génération des 30-40 ans. Il n’a cependant pas la prétention de transformer toutes les écoles québécoises en écoles alternatives! Cependant après avoir inspiré les concepteurs du Renouveau pédagogique, l’école alternative, par son exemple d’une communauté qui prend en charge l’éducation de ses enfants, peut faire sa part pour que le Québec devienne ‘’fou de ses enfants’’ comme le souhaitait un rapport du Groupe de travail pour les jeunes qui a été publié en 1991 par le ministère de la Santé et des Services sociaux du Québec.

La demande croissante des jeunes parents pour une éducation différente annoncerait-elle une mobilisation plus importante, une sorte de prise en charge de la population québécoise pour l’école et pourquoi pas une sorte d’insurrection… tranquille comme la révolution qui l’aurait précédée!

Pierre Chénier, RÉPAQ


27 février, 2018 - catégorie: Réflexions

ET SI NOUS FAISIONS PARTIE DE LA SOLUTION?

Pierre Chénier, RÉPAQ

Deux études, celle de l’IRIS et celle de la FSE-CSQ, prouvent hors de tout doute que le système d’éducation à trois vitesses (public, privé, volets particuliers) écrème l’école publique québécoise de ses meilleurs éléments. Les tenants du public soutiennent que l’écrémage du privé et des écoles publiques à projets particuliers appauvrit l’école publique, puisque les élèves plus ‘’faibles’’ ne bénéficient plus de l’apport de leurs amis ‘’plus forts et plus motivés’’, entre autres. Il en serait ainsi dans les classes, mais également dans les activités parascolaires et en ce qui concerne l’engagement des parents.

En voulant combattre l’attirance au privé et le décrochage scolaire, l’État québécois, dans les années 90, a incité les commissions scolaires à élargir leur offre de service, ce qui a donné les multiples écoles à projets particuliers que nous connaissons aujourd’hui au secteur public. L’école alternative, existant depuis 1974, n’est donc pas issue de cette volonté gouvernementale mais d’un désir d’une certaine frange de la population de se doter d’écoles qui correspondent à ses valeurs humanistes. Pourtant, si l’on en croit les médias, elle se retrouve aujourd’hui dans le peloton des écoles pseudo-privées comme les écoles internationales, alors qu’elle rejette catégoriquement le concept de performance qui les caractérise. On la dit élitiste parce qu’elle recrute les parents les plus impliqués dans l’éducation de leurs enfants. Écrème-t-elle l’école publique par le fait même? Fait-elle partie de ce problème ou de sa solution?

L’école alternative a, depuis une quarantaine d’années, développé une expertise qui pourrait permettre d’entrevoir une solution au problème que rencontre l’école publique québécoise : c’est la part très grande qu’y occupent  les parents. En effet, l’engagement des parents constitue la pierre angulaire de l’école alternative. Ils sont considérés comme des coéducateurs et non comme de simples bénévoles au service de l’école. Ce statut est tellement important pour certains parents fondateurs d’écoles alternatives qu’il les pousse à travailler d’arrache-pied, parfois pendant des années, pour se doter d’une école alternative dans leur municipalité, leur quartier ou leur village. Six nouvelles écoles alternatives ont vu le jour en septembre 2017 et une vingtaine de projets semblables ont poussé un peu partout au Québec. C’est un signe évident qu’une génération de parents veut participer davantage à l’éducation de ses enfants.

Dans la foulée de ce mouvement qui alimente de plus en plus la une des journaux, ne peut-on pas envisager une ouverture généralisée,  dans toutes les écoles du Québec qui le désirent,  une ouverture pour encourager la présence des parents en classe? Ne peut-on pas prévoir qu’à court ou moyen terme, ces écoles volontaires considèrent  les parents comme des coéducateurs? Que les parents n’y soient plus contraints de rester derrière la clôture de la cour de récréation pour attendre leurs enfants à la fin de la journée mais puissent entrer en classe, travailler de concert avec les enseignants, collaborer à la réalisation des projets des enfants, se tenir au courant du cheminement de leurs enfants par une communication constante avec les enseignants, ce qu’on appelle dans les écoles alternatives, une évaluation continue?…Est-ce illégal tout cela? Non!

Dans la loi 180 ou Loi de l’Instruction Publique, tout est prévu en ce sens :


SECTION III de la loi 180

ORGANISME DE PARTICIPATION DES PARENTS

1997, c. 96, a. 13.

  1. Lors de l’assemblée des parents convoquée en application de l’article 47, les parents se prononcent sur la formation d’un organisme de participation des parents.

Si l’assemblée des parents décide de former un organisme de participation des parents, elle en détermine le nom, la composition et les règles de fonctionnement et en élit les membres.

1988, c. 84, a. 96; 1997, c. 96, a. 13.

96.1. Lorsque l’acte d’établissement de l’école met plus d’un immeuble à la disposition de l’école ou lorsque l’école dispense chacun des ordres d’enseignement primaire et secondaire, l’assemblée des parents peut instituer au lieu d’un seul organisme de participation des parents, un organisme de participation des parents pour chaque immeuble ou pour chaque ordre d’enseignement.

1997, c. 96, a. 13.

96.2. L’organisme de participation des parents a pour fonction de promouvoir la collaboration des parents à l’élaboration, à la réalisation et à l’évaluation périodique du projet éducatif de l’école ainsi que leur participation à la réussite de leur enfant.

1997, c. 96, a. 13; 2002, c. 63, a. 9.

96.3. L’organisme de participation des parents peut donner son avis aux parents du conseil d’établissement sur tout sujet qui concerne les parents ou sur lequel les parents du conseil d’établissement le consultent.

1997, c. 96, a. 13.

96.4. L’organisme de participation des parents a le droit de se réunir dans les locaux de l’école.

Il a aussi le droit d’utiliser gratuitement les services de soutien administratif et les équipements de l’école selon les modalités établies par le directeur de l’école, après consultation du conseil d’établissement.


Alors que faut-il de plus? Si ce n’est pas illégal, pourquoi alors les parents sont-ils exclus de l’école malgré tout le beau discours qui veut leur faire croire le contraire? Exclus par qui? Pas par la loi, ils l’ont pour eux. Exclus par qui? Par quoi?

*Par les traditions des écoles qui ont toujours fait cela? La menace de disparition pure et simple est aux portes de l’école publique, il est temps d’évoluer.

*Par la crainte des enseignants de perdre de leur autorité sur les enfants et de devoir défendre leur compétence auprès des parents? La menace est réelle si les parents et les enseignants ne sont pas préparés à cette coexistence. L’expertise des écoles alternatives peut apporter quelques réponses à cette crainte.

*Par les syndicats d’enseignants  qui verraient dans cet apport des parents un alourdissement  de la tâche des enseignants? La présence des parents en classe fait baisser le ratio adultes-élèves et laisse à l’enseignant beaucoup plus de liberté de manœuvre pour s’occuper des besoins particuliers des élèves

*Par la hantise de la sécurité qui, depuis quelques années, entraîne des mesures drastiques contre les ennemis de l’extérieur ? Cette ouverture aux parents par les écoles n’exclut pas les vérifications des antécédents judiciaires. On se rend compte aussi qu’une communauté tissée serrée n’a pas besoin, dans la plupart des écoles, de ces caméras de surveillance et des macarons de visiteurs : tout le monde se connaît.

Si la loi 180 le permet et même l’encourage, si cette ouverture comporte plein d’avantages incontournables, en particulier de favoriser la réussite des enfants, que faut-il  pour qu’elle s’instaure dans toutes les écoles du Québec? Il suffit que les parents de chaque école publique,  en assemblée générale,  exigent une ouverture aux parents coéducateurs,  que la démocratie s’exerce comme elle doit s’exercer, qu’il y ait un profond désir chez tous et chacun, d’être partie prenante de l’éducation de son enfant. Comme un véritable co-éducateur, le parent n’est plus alors un simple consommateur de services qui peut exiger sans rien donner, il fait sienne l’école!

Plein d’écoles, sans être alternatives, ont ouvert leurs portes depuis belle lurette aux parents. Je leur demande de s’identifier et de témoigner de l’apport considérable des parents dans la vie de l’école et dans l’apprentissage des enfants.

Si les parents avaient l’assurance d’être considérés par l’école de leur enfant comme des coéducateurs avec l’accueil et la latitude que cela suppose, bon nombre d’entre eux regarderaient d’un autre oeil leur école publique. On verrait alors fondre l’attraction du privé et des écoles à projets particuliers, peut-être même des écoles alternatives. Pourquoi pas?


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